29/08/2020

[Cours 7] Comment rédiger ton roman comme un pro ?

Par Doris Djamba

Hello !

Aujourd’hui, je vais t’apprendre ce que tout bon écrivain doit connaître : l’art de la stylistique.

Maîtriser le style est avant tout une affaire de connaissance de certaines règles. Plus tard, lorsque tu connaîtras ces règles, tu développeras progressivement ton propre style, c’est-à-dire ta propre langue et ta poésie.
Mais ne fais surtout pas les choses dans l’autre sens, sinon tu resteras l’un de ces fanfarons, qui passent leur vie sur les groupes d’écriture sur les forums et sur Facebook, à juger tout le monde et à essayer de refourguer leur livre imbuvable, persuadés d’être un potentiel Goncourt incompris (“Je n’ai pas besoin de règles car je suis un artiste moâââ”).
Apprends à écrire, comme le pianiste fait ses gammes, sois patient, cela demande de la rigueur, de la passion, et du temps. Mais si tu aimes écrire, tu verras, tu y prendras beaucoup de plaisir !
Pour commencer, je vais t’apprendre à faire de bonnes descriptions.
L’enseignement ne sera pas long, c’est de l’appliquer qui va te demander du temps. Mais cela fera toute la différence entre “Je ne comprends rien” et “Je comprends mais je dois m’y coller”.
Une bonne description s’insère dans le récit : décrire les campagnes et les villes, comme on le faisait à l’époque de Balzac, ne marche plus. De plus, tu dois comprendre une chose : à l’époque des auteurs que l’on appelle aujourd’hui les grands classiques, il n’y avait pas la télé, ni internet. Les gens avaient besoin des descriptions pour pouvoir s’imaginer la scène (et comme ils n’étaient pas saturés d’images constamment, ils aimaient ça). D’autre part, les écrivains étaient payés au mot. À ce tarif, Balzac prenait un paragraphe par pot de fleur, et Proust aimait nous expliquer sur 5 pages comment se retourner dans son lit.
L’art de la description tel que je vais vous l’apprendre n’a rien de nouveau, et ce n’est certainement pas moi qui l’ai inventé : cela remonte à Homère, le plus grand auteur de l’antiquité.
Pour écrire une bonne description, il faut tout simplement l’insérer dans une action. Fais bouger la chose, et tu la décriras.
Par exemple, tu veux dire que Marie, ton personnage, a de longs cheveux et qu’elle est en train de manger des céréales :
Marie prit une cuillère de céréales dans son bol et la porta à sa bouche. Elle recracha sa bouchée en toussant. Elle avait ingurgité sans faire exprès une grande mèche de cheveux.
Pour écrire de bons dialogues, c’est pareil : Insère-les dans tes actions.
Continuons avec l’exemple du dessus :
“Tu vas m’attacher ces cheveux ! ” dit sa mère exaspérée. 
Marie jeta sa cuillère au sol, et se leva d’un bond, furieuse :
– Tu veux me voler mon identité c’est ça ?
Puis elle prit son sac à dos, quitta la cuisine et claqua la porte de l’entrée.
Ainsi, tu n’as besoin de décrire les lieux et les personnages. Profite de ce qui se passe pour y insérer les décors et les caractéristiques. Ici, dans une action (une dispute entre Marie et sa mère), on apprend que :
  • Marie est une adolescente (céréales, façon de s’exprimer, sac à dos)
  • Elle a de longs cheveux
  • Elle petit-déjeune avant d’aller au collège ou lycée
  • Elles sont chez elle, dans la cuisine, on imagine aussi une porte d’entrée.
  • Marie est en pleine période de crise d’adolescence
  • Sa mère est autoritaire et possessive (impératif + “m’attacher” au lieu de “t’attacher”)
  • Ces disputes se produisent souvent (exaspérée)
Tu ne vas pas forcément réussir à faire à chaque fois de bons dialogues et de super descriptions (ne t’en fais pas, c’est le cas pour un grand nombre d’auteurs), mais tu dois essayer de réfléchir de cette manière :
  1. Dès que tu as une action, demande-toi quelles descriptions tu pourrais y insérer (S’il est en train de courir, sa transpiration coule sur son gros blouson de cuir. Zou ! Tu as placé le blouson de cuir).
  2. Dès que tu as une description qui ressemble à : Le ciel était bleu et les arbres étaient grands (no comment), réfléchis à comment les insérer dans l’action qui se déroule dans ce chapitre (Ils roulaient sous le ciel bleu, et les grands arbres défilaient le long de la route).
2e règle magique pour maîtriser le style
Cette deuxième règle, associée à la première, va te sauver la vie :
Utilise des verbes d’action riches.
Débarrasse-toi le plus possible des verbes être et avoir. Débarrasse toi aussi du verbe d’action pauvre “faire”.
Elle était grande > Elle le dépassait de dix bons centimètres.
Il fait la cuisine > Il cuisine.
Tu vas donner ainsi beaucoup de rythme à ton texte.
Oui, je sais, ces verbes d’action ne nous viennent pas facilement lorsqu’on n’a pas l’habitude.
Pour cela, deux techniques :
  1. Imagine le mouvement produit par ce que tu veux décrire, les effets produits par ce que tu veux décrire.
  2. Fais du dictionnaire des synonymes ton meilleur ami.
Exemple : Elle fait la roue.
Le mouvement produit ? Pour faire la roue, on prend de l’élan, puis on s’élance, on tourne dans les airs appuyés sur les deux mains.
L’effet produit est l’admiration du personnage qui la regarde.
>
Elle s’élança en s’appuyant sur ses deux mains et tourna dans les airs. Marc applaudit avec enthousiasme. Sa roue était toujours parfaite, elle n’avait rien perdu de ses années de gymnastique.
2 autres verbes, réflexes de débutant dont il faut se débarrasser :
  • Il commença à
  • Elle décida de
Si elle décide de prendre, elle prend. S’il commence à ranger ses affaires, il range ses affaires.
Ton travail est donc maintenant de relire tes chapitres, en reformulant, ajoutant ou supprimant des actions, dialogues et descriptions.
Demain, je t’apprendrai comment choisir le point de vue du narrateur et les temps de conjugaison à utiliser.
À demain !
LA BELLE